Le plastique recylé c'est pas la solution

Les vêtements en plastique recyclé, la fausse bonne idée

Envie de répandre de bonnes ondes ?

Dans la sphère de la mode responsable et écolo, beaucoup de marques proposent des vêtements en plastique recyclé. Longtemps, j’étais très emballée par cette idée : nous avions enfin trouvé la solution pour réutiliser ce satané boulet qui, à défaut de nous traîner au pied, se répand à travers notre environnement ! Tout aurait pu s’arrêter là, toute enchantée que j’étais, si je n’étais pas tombée sur le problème des microplastiques.

 

Mais avant de s’y attaquer et de comprendre pourquoi les vêtements en reste de bouteille plastique c’est pas une super idée, remontons à la base du problème.

Le plastique, l’un des maux du XXème siècle

Lorsqu’on parle des dégâts du plastique, on a souvent en tête ces animaux marins, notamment, prisonniers de filets de pêche ou qui ingèrent des débris plastiques les confondant avec de la nourriture, ou bien encore ces plastiques flottant dans les océans (je vous en avais parlé notamment dans l’article consacré à Wings of the Ocean).

D’ailleurs, dans les océans, leur plus grosse concentration est localisée dans le Pacifique nord, représentant en moyenne près de 334 milles morceaux de plastique par kilomètre carré, soit 5 kilos par kilomètre carré. Ça en fait !

Mais, bien évidemment, le plastique ne se retrouve pas qu’en mer (ce ne serait d’ailleurs pas la majorité) et pullule un peu partout dans notre environnement.

C’est alors qu’on s’est dit que ce serait bien de le recycler pour éviter qu’il se disperse un peu partout et pour en fabriquer de nouveaux objets. Ce serait même bien pratique car la matière est déjà existante. Et voilà qu’on aurait mis en place un cercle vertueux.

Mais jetons un coup d’œil au recyclage.

Très très peu de plastiques sont recyclés

D’après les chiffres consultés par Nathalie Gontard, directrice de recherche et professeure des sciences de l’aliment et de l’emballage à l’INRA, seulement 14 % en moyenne des plastiques usagés sont collectés pour être recyclés. Mais… où va le reste ?

  • 35 à 50 % des plastiques usagés sont en totale liberté dans l’environnement.
  • 20 à 40 % sont dans des stations d’enfouissement, regroupés avec d’autres déchets. Et ce n’est que temporaire car les géotextiles qui les retiennent sont également en plastique et se dégradent.
  • les 9 à 14% restants sont incinérés pour créer de l’énergie (mais il reste toujours le problème des résidus solides et des déchets volatiles toxiques).

Et revenons-en à nos premiers 14%. Dans cette part :

  • 4% sont perdus au cours du processus de recyclage,
  • 8 % sont recyclés pour être utilisés différemment (comme la fabrication d’un pull). Or, ces objets et produits en matière recyclée ne sont ensuite plus recyclables parce que les fibres contiennent bien trop de composants qui les rendent impropres au recyclage.
  • et enfin, il reste 2 % des plastiques qui sont recyclés et utilisés pour fabriquer des objets complètement en plastique qui peuvent donc être recyclables encore et encore.

En termes de plastique vertueux, cela ne fait pas beaucoup, m’voyez ?

Un gobelet plastique sur la plage
Un plastique esseulé sur la plage abandonnée

Je ne m’étendrai pas sur les questions environnementales liées au procédé même de recyclage (logistique, consommation d’énergie, etc.), mais elles sont toutes aussi intéressantes.

Niveau recyclage on n’est pas encore franchement au niveau mais un autre soucis arrive car voilà que débarquent nos fameux microplastiques.

Les microplatiques ou la dégradation pas top top du plastique

Les microplastiques, l’autre forme de pollution

Qui dit gros déchets, dit aussi plus petits déchets, mais vraiment tout petits ! Et pour m’être renseignée dessus, je vous avoue avoir eu assez froid dans le dos, prise dans le vertige de ce que cela pouvait représenter.

Il existe trois types de microplastiques :

  1. des granules pouvant provenir de cosmétiques et/ou rejets industriels,
  2. des fibres pouvant être d’origine textile,
  3. des fragments pouvant être des résidus de plastiques plus volumineux.

Elles font entre 5 et 0,333 mm et se retrouvent absolument partout.

Par exemple, lorsque nous lavons nos vêtements synthétiques, ceux-ci libèrent plusieurs milliers de microfibres à chaque lavage. Mais ces fibres peuvent se retirer tout naturellement d’objets en plastique, comme lors de l’abrasion des pneus sur la route formant des petites particules plastiques. Et puis, on peut retrouver des microbilles de plastiques utilisées comme exfoliant dans des cosmétiques, gels douche et dentifrices. Et ce sont des exemples parmi tant d’autres !

Ces microbilles vont ensuite directement dans l’environnement. Et quid des stations d’épuration ? Les microbilles n’ont en que faire du fait de leurs petites tailles ! Et les stations n’ont pas les moyens techniques nécessaires pour récupérer ces microplastiques dans les eaux usées.

D’ailleurs, les débris plastiques qui se retrouvent dans les océans finissent aussi en microplastiques, la dégradation étant facilitée par le mouvement des eaux, du vent et les rayons ultraviolets.

Des pièces de lego en plastique
Allégorie du microplastique

Et info complètement dingue, nous avons trouvé du microplastique dans des carottes de glace réalisées en Arctique ! Aussi, comme l’explique  Nathalie Gontard, il est maintenant étudié en tant qu’indicateur de l’époque Anthropocène. En gros, il s’agit de l’Ere à partir de laquelle les activités humaines ont eu une incidence sur l’écosystème de la Terre.

Il existe d’ailleurs un nom pour la roche sédimentaire qui contient du plastique : le plastiglomérat. En effet, une partie du plastique s’enfonce dans les océans et se dépose dans les sédiments et forme une roche en partie artificielle. Et des chercheurs étudiant les fonds marins ont trouvé des plastiques à plus de 4 800 mètres de profondeur. Il se pourrait donc que les plastiques vont également dans des profondeurs marines que l’on a pas encore exploré. Un petit pas pour le plastique, un grand pas pour… ?

A ce stade, on peut donc vraiment parler d’une contamination généralisée.

Les nanoparticules de plastique ou le mal invisible

Mais ce n’est pas tout, la dégradation continue encore pour atteindre le stade des nanoparticules (je vous en avais également parlé dans le cas des crèmes solaires). Et là c’est encore plus inquiétant. Au départ, nous avions une bille ou fibre de plastique qui, avec le temps, devient de plus en plus petite. Arrivé à cette taille, le plastique peut non seulement se répandre dans l’environnement mais aussi dans les organisme vivants. Miam.

Comme l’explique Nathalie Gontard, les nanoparticules peuvent traverser les tissus et s’accumuler dans nos organes comme le foie, pouvant perturber son fonctionnement à long terme. Bonjour les dégâts.

C’est donc toute la chaîne alimentaire qui est concernée par cette invasion de plastique car les particules sont également plus faciles à avaler. Le zooplancton, par exemple, peut confondre ces particules avec sa nourriture, même chose pour les poissons. Et il a été montré que le plastique perturbe le comportement de nombreuses espèces lorsqu’elles en ingèrent. Et tout cela se transmet par la suite aux autres animaux.

Il est même d’ailleurs possible que nous en avalions tous les jours. Mais concernant les êtres humains, il n’y a pas encore d’études probantes sur les effets sur la santé, du fait notamment que les méthodes de détection ne sont pas au rendez-vous.

Cependant, il faudrait malheureusement s’attendre au pire car elles ont la fâcheuse tendance à se lier à des organismes toxiques (autrement appelés des polluants organiques) rencontrés sur le chemin. Les plastiques seraient donc des concentrateurs et vecteurs de ces substances indésirables, soit des véhicules bien pratiques pour ces cochonneries.

Et malheureusement ces nanoparticules sont vraisemblablement impossibles à retirer de l’environnement.

Une mouette intriguée par un emballage plastique
La nouvelle alimentation des mouettes

Le recyclage est un leurre ou pourquoi les vêtements en plastique recyclé ne sont pas la solution

Comprenez-vous pourquoi utiliser du plastique recyclé n’est donc pas forcément la solution ? Et on arrive enfin à nos vêtements en plastique recyclé.

Certaines marques se positionnent ainsi : elles préfèrent recycler du plastique afin que celui-ci ne finisse pas dans les océans. Cependant, un plastique qui a déjà pollué, peut polluer une deuxième fois.

A mon sens, quatre problèmes pervers et aggravant la situation déjà cata cata font alors surface :

  • Ces vêtements rejetteront de toute façon des microgrammes de plastique dans la nature, donc pollueront,
  • Et ces microgrammes de plastiques seront plus difficilement recyclables contrairement aux autres vêtements à cause, justement, de leur nature plastique et de leur petite taille.
  • Et puis, les vêtements contenant un mix de matière naturelle et de fibres plastiques ont de fortes chances de ne pouvoir être recyclées car les fibres sont difficilement séparables.
  • De plus, selon le procédé de recyclage utilisé, le recyclage mécanique notamment qui est moins coûteux, la fibre peut être moins résistante et doit être mélangée à de la fibre vierge de plastique pour que le tissu puisse résister au temps. C’est donc le serpent qui se mord la queue !

En somme, faire des vêtements avec du plastique n’a rien de vertueux, c’est même pire, car il rend les fibres encore plus petites et donc plus facilement dispersables.

Et, de manière générale, le recyclage ne réglera jamais le problème des nanoparticules de plastiques, il ne fera que le retarder.

Mais qu’est-ce qu’on peut faire ?

Je n’allais tout de même pas vous laisser comme ça tel un petit chaton au bord de la route.

Les solutions qui se présentent à nous pour sauver (au moins) les meubles

  • Arrêter de répandre le plastique. Ce qui veut dire, à notre échelle de consommateur.ice, en consommer le moins possible.
  • Lorsque c’est possible, ne pas utiliser d’objets ni porter de vêtements synthétiques mais en matières et fibres naturelles. D’autres « plastiques » émergent, réalisés avec des organismes naturels tels que des champignons, résidus agricoles, etc., ils sont cependant très très rares. Jetez donc un petit coup d’œil à l’article consacré à CooknRun et ses emballages végétaux.
  • S’il n’y a pas d’alternatives aux plastiques, dans le cas des vêtements, éviter lorsqu’ils sont mélangés avec des fibres naturelles.
  • J’ai eu vent également du Guppyfriend, un sac de lavage qui protège les vêtements en fibres synthétiques et limite la fuite des microfibres. Il a été développée par l’association à but non lucratif Stop! Micro waste, qui lutte pour la protection des océans. Et même si je salue l’initiative et que je pense qu’il peut limiter un peu notre impact au quotidien, il me semble bien dérisoire concernant la propagation des nanoparticules… Et puis, je me demande également, très bien nous stoppons une partie des microplastiques mais celles retenues par ce sac, où vont-elles ?
  • A plus grande échelle, of coursearrêter la production de plastique quand elle n’est pas nécessaire. Et on a du boulot, car c’est tout de même 300 millions de tonnes qui  sont produites tous les ans au niveau mondiale – dont près de 60 millions en Europe. Et pour atténuer le caca qu’on a actuellement, il faudrait pouvoir collecter (et non recycler) le plastique afin de le confiner.
  • Mais aussi, arrêter de penser que le recyclage du plastique nous décharge (oh quel fin jeu de mots) de notre responsabilité.
  • Réaliser que le recyclage est peut-être source de création d’activités économiques mais elle n’est certainement pas viable écologiquement et ne sera pas rentable vu les dépenses qu’il faudra vraisemblablement débourser pour réparer les dégâts.

Et du côté du blog : que faire de ces marques et de leurs vêtements en plastique recyclé ?

Et vu qu’on doit tous changer nos habitudes (et qu’en faisant des recherches pour cet article, j’ai fait glps et ça m’a pas mal travaillé), quelques orientations s’imposent également sur ce blog.

Je me suis demandée : « Mais comment fichtre dois-je me positionner par rapport aux marques qui souhaitent être écolos, pensent agir dans ce sens mais utilisent des plastiques recyclés et qui, patatras, rendent donc leur démarche complètement contre-productive ? »

Pas facile, surtout quand on veut participer à cet élan positif et verser des pluies d’encouragements à ceux et celles qui souhaitent faire bouger les lignes. Mais je ne peux pas faire l’autruche et faire comme si tout est ok, cela n’aurait absolument plus de sens et mon blog s’appellerait dans ce cas-là « Alternéthique-mais-à-deux-exceptions-près-parce-quils-voulaient-bien-faire ».

Sooo, à partir de maintenant, je fais le choix que :

  • soit je décide de ne pas les mettre en avant malgré toute leur bonne volonté car aucun de leurs produits n’a d’effets positifs. Je m’octroie tout de même quelques exceptions. J’ai en tête notamment les collants Swedish Stockings qui, bien qu’en polyester recyclé, permettent de réduire grandement l’utilisation de ressources fossiles.
  • soit je les mets en avant si je considère qu’une partie de leurs produits ont des effets positifs, tout en signalant que l’autre partie contient du plastique et qu’elle n’est pas, selon moi,  écolo-responsable. Peut-être qu’il faudrait donc que je retravaille mon article sur NOSC ?

Toutefois, j’espère que vous serez indulgent.e.s car il se pourrait que je me trompe par moment dans mon jugement.

Allez, sus au plastique !

Si vous souhaitez approfondir cet article, voici les deux principales sources que j’ai consulté qui disposent elles aussi de sources intéressantes :

Et vous, essayez-vous de réduire votre consommation de plastique ? Quelle est votre position sur le plastique recyclé ?

Envie de répandre de bonnes ondes ?

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