Les semences paysannes libres

Kokopelli lutte pour des semences libres de droit et reproductibles

Envie de répandre de bonnes ondes ?

Kokopelli est une association militante qui lutte pour la vente de semences libres de droits et reproductibles. Mais késako tout ça ? Pas de panique, tout vous semblera très clair et en prime vous allez faire la connaissance d’une asso hors la loi (j’espère que vous aimez les frissons et le goût de l’interdit huhu).

Avant de vous expliquer vraiment les actions vitales de ces associations, un petit état des lieux s’impose.

Sachez que je me base principalement sur la vidéo de Cash Investigation Multinationales : hold-up sur nos fruits et légumes. Mais enfin si vous lisez mon article, ça me ferait franchement plaisir hein.

C’est quoi le problème aujourd’hui avec les semences ?

La normalisation de la nature ou quand votre tomate devient un produit industriel

Vous n’êtes peut-être pas sans savoir que les fruits et légumes de nos supers marchés sont le résultat de semences croisées et sélectionnées (attention, il ne s’agit pas d’OGM) pour créer des légumes standardisés et calibrés. Oui, comme des produits industriels !

Pourquoi les croiser ? Pour avoir des légumes plus beaux, plus résistants, vivant plus longtemps et poussant plus facilement (vous les remarquez tous ces plus, plus, plus ?). Mais pourquoi, me demanderiez-vous une seconde fois ? Et bien car les légumes sont ainsi plus faciles à vendre et contribuent ainsi à diminuer les pertes de production. Money money donc.

Et cela donne des plantes toutes identiques, résultante de la fabrication d’une nature normée, complètement superficielle (le comble !). Et alors parlons de leurs goûts franchement insipides et des nutriments deux fois moins présents. Mais si le problème n’était que là ! (nous allons y venir)

Des tomates F1
Un trio de tomates normées comme un produit indus'

Avant de continuer, une précision s’impose. Je parle bien des semences hybrides F1, c’est-à-dire des semences issues de croisement d’espèces créés par l’être humain, et non d’hybrides crées par la nature.

Et ces semences, devinez quoi, appartiennent quasi toutes à des multinationales agroindustrielles. Oh tiens quelle surprise. Elles sont proposées aux producteur.ice.s par l’intermédiaire de brochures qui en font la promotion selon des arguments esthétiques et productivistes. Les agriculteur.ice.s sont ensuite obligé.e.s de racheter les semences car ils.elles ne sont pas sûr.e.s d’avoir les mêmes espèces s’ils.elles plantent les graines issues de leurs cultures. Les prix sont tellement exhorbitants que j’ai manqué de m’étouffer avec mon jus de tomates. Parce que des tomates parlons-en, le prix au kilo de graines peut monter jusqu’à 400 000€ (reprenez vos esprits), et le prix de base des tomates est de 60 000€ le kilo.

Les producteur.ice.s de graines sont souvent exploité.e.s

Dans le documentaire de Cash Investigation, il est montré que beaucoup de travailleur.se.s produisant les graines (en Inde, Thaïlande, etc.) sont des enfants. De plus, dans certains champs, des femmes acceptent de travailler pour beaucoup moins cher que les hommes, faut de mieux. Elles sont payées 40% de moins que le salaire minimum légal.

La biodiversité est en grand danger

On pourrait se dire oui, bon ok, hormis le goût et les nutriments, est-ce si grave ?

OUI ! Oui, oui et oui ! Por qué ? Selon Olivier De Schutter (rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation de 2008 à 2014) nous avons perdu près de 75% des plantes cultivées à cause de la domination de ces variétés toutes uniformes. Il a d’ailleurs essayé d’alerter de cette situation à la tribune de l’ONU. La biodiversité en prend donc déjà un sacré coup mais c’est aussi une grande menace pour l’avenir. Ne pouvant anticiper le futur, nous ne savons pas si nous serons face à des insectes ravageurs, des ravageurs ou encore quels seront les impacts  des dérèglements climatiques. Or, cette diversité de plantes cultivables et mangeables contribuent à préserver la sécurité alimentaire mondiale.

Et devinez quoi, 3 des 4 multinationales semencières sont également des fabricantes de pesticides (Bayer Monsanto, Dow Dupont et Syngenta). Ce qui veut dire qu’elles produisent et vendent des graines et, dans le même temps, vendent également des pesticides et engrais. Aussi, vous vous doutez que les graines sont donc adaptées pour ces pesticides-là. A noter que c’est près de 3 000 000 de tonnes de pesticides vendues dans le monde ! Vous avez toujours envie de votre petite tomate achetée au supermarché ?

Le catalogue des plantes cultivées en France

Mais alors si c’est ça le problème pourquoi ne pas acheter des semences non hybrides F1 ?

Et bien, selon la loi, pour avoir le droit de vendre une semence, les entreprises sont obligées de l’inscrire au Catalogue officiel des espèces et variétés de plantes cultivées en France. Or, pour y figurer, ces semences doivent respecter les critères suivants : les plantes issues de cette graine doivent être homogènes et stables, c’est-à-dire toutes pousser de la même manière et au même calibre. Or, ce n’est pas du tout le cas des plantes anciennes. Car, il n’est pas possible de normer la nature ! Et figurez-vous que dans ce catalogue, pratiquement toutes les espèces sont des hybrides F1 qui sont, vous l’avez dans le mille, la propriété de grands groupes ! Donc en gros, quasiment seules les industries peuvent vendre des graines.

Le catalogue de légumes
Le catalogue officiel impose des critères excluant la plupart des plantes anciennes

Alors cultivons nos propres petits légumes ! Et bien les jardinier.e.s n’échappent pas à la règle ! Les semences vendues sont aussi des hybrides F1.

Bref, trouver des légumes qui ne sont pas des hybrides F1 semblent relever d’un futur scénario de Mission Impossible.

Maiiiis… (oh oui un peu d’espoir et de lumière dans ce paysage si gris et désolant), il existe des graines appelées « semences paysannes ».

Les semences paysannes font figure de résistance

Les semences paysannes, que l’on peut aussi appeler « semences de pays » ou « semences anciennes » ne proviennent pas de semenciers et sont prélevées par un.e agriculteur.ice au sein de sa récolte afin de les semer plus tard. Elles sont donc issues de récoltes qui se sont données le relais à travers les époques, bien avant le développement de semences hybrides F1.

Le problème avec ces semences c’est qu’il n’est pas possible de les commercialiser, rapport aux critères du catalogue des plantes cultivées, souvenez-vous. En d’autres termes, il est interdit de vendre ces graines.

Comme l’explique La Relève et la Peste, en octobre 2018, la loi Egalim avait autorisé la vente de semences libres ou paysannes. Fait assez inédit, cette loi était le résultat de plusieurs mois de consultation auprès d’ONG, organisations du monde agricole et entreprises. Cependant, quelques semaines plus tard, le Conseil Constitutionnel a annulé cette autorisation avec d’autres articles de la loi considérés comme« anticonstitutionnels »*.

Mais une association ne l’entend pas de cette oreille…


*Beaucoup soupçonne une pression des lobbies agro-industriels. Aussi, l’association Les Amis de la Terre a déposé un recours contre le Conseil Institutionnel qui, depuis mai 2019,publie le contenu des « contributions extérieures » qui peuvent influencer ses décisions sur le caractère constitutionnel des lois.

Kokopelli, l’association hors la loi

Il est maintenant l’heure de vous présenter Kokopelli*, l’une des associations qui fait acte de résistance et diffuse des semences paysannes à travers le monde. Depuis 1999, ce Robin des Bois des semences agit en toute illégalité, au grand dam des géants agro-industriels, et prône la désobéissance civile.

Ananda Guillet, le directeur de l’association explique dans le journal La Dépêche pourquoi le travail de Kokopelli est légitime :  « L’agriculture est née il y a 45 000 ans alors que l’agro-industrie, telle que nous la connaissons, date de la Seconde Guerre Mondiale. Ce qui est illégal aujourd’hui existe en fait depuis des dizaines de milliers d’années. Les agriculteurs ont toujours échangé et reproduit leurs semences. C’est une industrie récente qui a décidé de changer ces règles fondées sur la gratuité et la libre distribution (…) « Cela fait vingt ans que nous faisons notre travail dans l’illégalité et nous allons continuer ».

Vous vous doutez bien qu’avec un discours comme celui-là et de par ses actions, l’association ne s’est pas fait que des ami.e.s (notamment le lobby très puissant le GNIS, le Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants). Elle subit énormément de pressions et de menaces et, depuis 15 ans, elle est en procès.

Les tomates anciennes
Kokopelli se bat entre autres pour maintenir en vie ces jolies petites tomates | © Kokopelli

Mais alors elle fait quoi exactement cette asso ?

Kokopelli reçoit des graines du monde entier, en achète auprès d’agriculteurs biologiques, ou en produit et elle les redistribue ensuite sur toute la planète pour qu’elles continuent d’être cultivées. Les graines sont envoyées aux producteur.ice.s ou jardinier.e.s en France, en Europe mais aussi en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.

L’association compte près de 12 000 adhérent.e.e et 120 000 client.e.s dont certain.e.s sont des grand.e.s chef.fe.s de la cuisine !

Semences sans frontières ou quand les semences voyagent dans des paquets à biscottes

Kokopelli a lancé la campagne Semences sans frontières afin de filer un coup de main aux paysan.ne.s se trouvant dans les endroits du monde les plus pauvres. L’idée est de leur fournir des semences paysannes (libres et reproductibles donc) afin qu’ils et elles gagnent en autonomie par rapport aux agro-industriels et leurs semences hybrides F1 qui ont remplacé leurs semences ancestrales. L’association envoie des colis à destination de projets communautaires qui contiennent environ une centaine de variétés, soit 1,5 kg de semences et une fiche de production de semences.

Et une partie de ces semences va voyager dans des emballages à biscottes pour passer facilement les douanes ! Avouons que l’être humain est parfois sacrément ingénieux !

Elle tente de sauvegarder près de 2 000 légumes et aromates rares qui ne sont pas, vous l’avez bien compris, inscrits au catalogue officiel. Regardez-moi ces petites merveilles :

Et ces variétés contrairement aux hybrides peuvent se replanter car les graines sont reproductibles. Et cela permet aux paysan.e.s d’être plus uatonomes et beaucoup moins dépendants des grands semenciers.

Et malgré la décision du Conseil Constitutionnel d’octobre 2018, l’association est bien décidée à continuer de distribuer ces semences anciennes.

Découvrir Kokopelli


*notez qu’elle est d’ailleurs soutenue par Les Jardins de Gaïa à travers l’une de ses gammes de thé

Pourquoi le nom Kokopelli ?

Kokopelli et un personnage issu de la mythologie amérindienne, représenté par un joueur de flûte bossu. Mais cette bosse se trouve être un sac de graines qu’il sème à tout vent. Il est symbole de vie et de fertilité et Kokopelli emprunte ce personnage pour en faire l’emblème de la semence libre et reproductible.

Mais il n’y a pas que Kokopelli !

L’association n’est pas la seule à vouloir préserver les différentes espèces de plantes cultivées. Et il serait dommage de ne pas citer les autres organismes qui s’inscrivent aussi dans le mouvement de la défense de la diversité des semences. Voici quelques organismes vers lesquels vous pouvez vous diriger. Certaines commercialisent également des graines et d’autres favorisent des relations d’échange de semences paysannes.

Vous pouvez retrouver des graines paysannes :

Aussi, l’association Graines de vie forme des citoyen.ne.s et associations à reproduire localement des graines qui, à leur tour, transmettent ce savoir autour d’eux.elles.

Je ne pouvais être complètement honnête avec vous sans vous faire part d’une polémique autour de Kokopelli. Certain.e.s ancien.ne.s salarié.e.s de l’association ont écrit un livre l’accusant de mauvais traitements managériaux. J’ai lu des articles concernant leurs accusations et la défense de Kokopelli. Aussi, je ne peux que vous inviter à vous renseigner sur les propos que tiennent les deux partis. Au vu des renseignements que j’ai pu en tirer, j’ai fait le choix d’écrire cet article en dédiant une partie à l’action de cette association. Cependant, chacun.e est libre de faire son propre avis sur la question.

Quel avis sur Kokopelli et les autres associations ?

Ce qui pourrait vous convaincre

  • Aujourd’hui, et c’est peu de le dire, la biodiversité est en danger, c’est donc véritablement urgent de la sauver.
  • Avoir recours aux semences paysannes est un acte de résistance et un manifeste sur le fait que la nature ne doit pas être la propriété des grands industriels mais un bien commun.
  • C’est aussi un moyen de (re)découvrir des légumes et plantes ancien.ne.s mais aussi du goût et des saveurs différentes.
  • Et franchement cela peut-être une très chouette idée de cadeau pour l’un.e de vos proches !

Ce qui pourrait vous freiner

  • Ce point concerne Kokopelli et quelques organismes cités, peut-être que vous êtes réfractaires à l’idée de débourser pour des semences qui sont, selon les valeurs défendues, libres. Mais, comme citées plus haut, vous pouvez vous tourner vers certaines des autres structures.

Alors, prêt.e.s à rejoindre le mouvement de résistance de défense des semences paysannes ? Connaissez-vous d’autres organismes ?

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